Compte-rendu de mission Annecy.Haute savoie France 18 au 20.01.18 HST.

Par Mme Saran TOURE/Présidente du FONGDD

COMPTE RENDU DE MISSION

DATE DE MISSION : 18 au 21 janvier 2018 LIEU : Annecy/Haute Savoie en France

ORGANISME QUI PREND EN CHARGE LA MISSION : Comité d’Organisation du Forum Espace Humanitaire (FEH 2018) avec le soutien de la FONDATION CROIX-ROUGE FRANCAISE, FONDATION de FRANCE ET FONDATION MERIEUX
Et la contribution de : ACTED, Action contre la Faim, Alternatives Humanitaires, CARE-France, Handicap International, ICVA, Oxfam-France, Première Urgence Internationale, Secours Catholique-Caritas France, Secours Islamique Français, Solidarités Internationale, SOS Villages d’Enfants.

CONTEXTE ET OBJECTIFS DU FORUM ESPACE HUMANITAIRE

La 7ème édition du Forum Espace Humanitaire, Annecy en France du 18 au 20 janvier 2018, au Centre de Conférence les Pensières.

Contexte du 7ème Forum espace Humanitaire :
Le FEH est née en 2009 à l’initiative de Jean-François Mattei, Président du Fonds Croix-Rouge Française, de Philippe Ryfman, Professeur et chercheur associé honoraire au Département de Science Politique de la Sorbonne, et de Benoît Miribel, Directeur Général de la Fondation Mérieux. Vous trouverez ci-joint une présentation succincte de cette initiative. La spécificité de ce forum réside dans son aspect informel, permettant à des pairs d’échanger librement et en toute franchise, dans le respect des règles dites de « Chatham House », sur des questions auxquelles sont confrontées leurs organisations.
Cette septième édition du FEH, qui s’est déroulée du jeudi 18 janvier (après-midi) au samedi 20 janvier
(midi) 2018. Le thème proposé pour cette édition est « L’humanitaire controversé : réalités et
perspectives ».

Le Forum 2018 s’est tenu dans un contexte marqué selon les organisateurs, par le respect du Droit International Humanitaire (DIH) en recul face à la politisation grandissante de l’action humanitaire et de son intégration de plus en plus marquée dans les stratégies sécuritaires et anti-terroristes des Etats.
Pour les organisateurs, un an et demi après le Sommet Mondial Humanitaire d’Istanbul en mai 2016, il y a lieu de s’interroger. Les solutions proposées ont-elles été mises en œuvre et sont-elles satisfaisantes, l’intégration de l’action humanitaire comme instrument de développement est-elle acceptable ? La situation des populations les plus vulnérables peut-elle s’améliorer ? Les moyens financiers ont-ils progressés, les besoins sont-ils maitrisés et pris en compte ?
Autant de questions qui ont été débattues sans langue de bois durant ces journées d’échange entre acteurs de l’humanitaire et du développement.

Participant(e)s :
Etaient présents les dirigeants des plus importantes organisations humanitaires françaises qui se retrouvent régulièrement à ce rendez-vous, mais aussi celui de la « Genève internationale ». Ont également participé à ce FEH, diverses personnalités choisies pour leur expertise parmi les responsables d’organisations humanitaires et de développement d’autres pays, des représentants d’agences onusiennes, des universitaires. Des intervenants extérieurs pressentis en fonction des thèmes de discussion retenus pour apporter leur éclairage aux participant(e)s, croiser les analyses et partager les expériences, afin de mieux cerner les nouveaux paradigmes auxquels est confronté l’humanitaire contemporain.
Le REPAOC était représenté par le Forum des ONG pour le Développement Durable (FONGDD).

Les objectifs du Forum :

 Faire un examen des principales questions structurelles et institutionnelles de l’action humanitaire;
 Engager une réflexion sur les moyens permettant de surmonter les obstacles qui entravent le progrès dans l’humanitaire ;
 Partager avec les coordinations des ONG /plate formes de s’exprimer dans leur diversité, sur leurs convictions et leur engagement personnels dans le cadre des responsabilités qu’ils assument.

METHODOLOGIE UTILISEE

Pour faciliter l’atteinte des objectifs visés par le FEH, plusieurs méthodes ont été utilisées : des panels, des ateliers de groupe et restitution en plénière, des discussions dénommées « A Cœur Ouvert », des témoignages.
Mise à disposition de documentation chargées FEH sur des IPads, des ressources bureautiques (ordinateurs, imprimantes, wifi…..).
Pour rendre agréable le séjour, les organisateurs ont offert un cocktail dinatoire le premier jour et une promenade en montagne dans la soirée du 2ème jour.

DEROULEMENT DE LA MISSION

Le Forum s’est déroulé du 18 dans l’après-midi au samedi 20 janvier 2018 à midi :
Premier jour : Cérémonie d’ouverture dans l’après-midi m arquée par le Mot de Bienvenue du comité des organisateurs par Anne Hévy et Pr jean François Mattei, Président du Fonds Croix-Rouge Française.
Une séquence suivie de l’introduction du premier thème présenté en deux parties : Un espace humanitaire controversé : partie 1. L’accès aux populations menacé et partie 2. Tensions sur les ressources mobilisées.

Il était question pour les panélistes, forts de leurs expériences, de démontrer que le respect du Droit International Humanitaire est en recul face aux à plusieurs facteurs. Et l’accès des populations en détresse à l’aide humanitaire est la raison d’être d’interventions marquées des processus complexes impliquant différents acteurs parmi lesquels, les gouvernements, les organisations internationales et le mouvement de la Croix –rouge, les organisations internationales et nationales, les parties aux conflits…… ; aussi, il est ressorti que si les moyens disponibles, notamment financiers, ont progressés au cours des dernières décennies, les besoins en revanche se sont développés de façon exponentielle. Les panélistes ont partagés leurs vécus face à ces enjeux et défis.
La fin des travaux de cet après-midi a été clôturée par une session dénommée « A cœur ouvert » animée par Anne Hévy, membre du Comité d’organisation du FEH avec pour invité, Jan Egeland, Secrétaire Général du Conseil Norvégien des réfugiés, Conseiller humanitaire des Nations Unies pour la Syrie.
Pour cet invité averti, besoin n’est plus de démontrer l’importance des ONG dans l’humanitaire et du rôle diplomatique qu’elles peuvent jouer, même si très peu poussent le bouchon pour avancer. Il insistera aussi sur les difficultés du terrain et des tensions qui mettent parfois en péril les interventions. Sur un autre plan, il dira que si l’accent a été toujours mis sur l’assistance, on n’a pas suffisamment amélioré le plaidoyer pour l’assistance et la protection des civils ne s’est pas non plus améliorée. Il y a lieu donc de travailler sur cette question et de développer un plaidoyer fort à cet effet.
Un cocktail dinatoire offert pour boucler la journée.

Deuxième Jour : la deuxième journée, 2 sessions parallèles ont été organisées sur les thèmes :
Atelier1. ONG et Acteurs marchands : Partenaires ou rivaux et atelier 2. La révolution du « CASH ».
Les participant(e)s répartis en deux groupes de travail ont débattu des de ces sujets. Les réflexions ont été restituées en plénière.

Le REPAOC/FONGDD était inscrit au premier atelier portant sur : ONG et Acteurs marchands : Partenaires ou rivaux.
L’intervention progressive des acteurs privés via leur politique de responsabilité sociale de l’entreprise, leurs fondations, etc…, dans l’action humanitaire marque un tournant décisif. Mais, doit-on considérer cette évolution comme préoccupante, ces acteurs pouvant concurrencer les moyens des états ? Doit-on considérer cette évolution comme préoccupante pour les ONG ?*quelle complémentarité entre ONG et acteurs économiques ? Quels garde-fous ?

Autant de questions qui ont suscité des débats houleux et instructifs. Il s’agissait de rentrer en exploration avec les acteurs en présence (ONG, humanitaires, ONG de développement, Entreprises comme Total et Fondation COCA COLA….). Des échanges, il ressort que nombreux sont ceux qui pensent que l’humanitaire est en transition, en recherche, en turbulence. L’humanitaire est entrain de devenir un marché, un secteur et quels peuvent être les enjeux avec les entreprises. D’où la nécessité de faire un cadrage des relations. Il y a la complémentarité à rechercher dans cette relation, bâtie sur des valeurs. La relation avec les entreprises relève d’un choix à faire par l’organisation. Choix qu’elle assumera en regardant la responsabilité sociale de l’entreprise. Les ONG humanitaires ont les mêmes contraintes que les entreprises qui n’ont pas pour finalité de faire de l’humanitaire mais plutôt des profits, à la différence des ONG humanitaires qui ont pour mandat, d’aider les gens qui souffrent et les ONG de développement visent le changement social et jouent leur rôle dans le développement durable pour l’intérêt des bénéficiaires. Quel intérêt donc pour les deux entités à travailler ensemble ?
Les débats ont par ailleurs ressorti le rôle des Etats. Les états qui ne doivent pas rêver que ce sont les ONG et les entreprises qui vont régler le problème humanitaire.

Plusieurs avis portent sur comment introduire une déontologie efficace pour éviter les dérapages. Car pour d’autres, il n y a pas de transparence dans les relations entre les ONG et les Entreprises. Il faut poser des chartes, diversifier les sources de financement en gérant plus intelligemment nos démarches. Maintenir ses valeurs tout en développant des partenariats. Il s’agit d’une dynamique à long terme : apprendre à se faire confiance, analyser les valeurs ajoutées pour assurer une complémentarité et un rapport gagnant-gagnant

Quant à l’atelier2 sur la révolution du « CASH », le débat a porté sur la perception du cash, le cash dans l’humanitaire comme facilitateur de la transition, les conditions et préalables de ces cash.
Comme enjeux: une révolution, l’architecture humanitaire remise en question
Approche avec le cash : nouvelle fragmentation de l’aide, rôle du secteur privé : cash un outil, mais plus de risque.
Il ressort des échanges qu’il y a besoin de développer les compétences, de revoir le rôle des ONG, évaluer nos approches et les risques liés au cash.

Dans la même journée, les participants ont profité d’un espace Rendez-Vous pour discuter de thématiques comme : Nouvelle Politique de « paiement aux Résultats » des Bailleurs de Fond et Initiative Against Inhumanity : Etat des lieux et approfondissement du projet de mobilisation des sociétés civiles au Sud et au Nord.
Des discussions, il est établi que pour travailler dans l’humanitaire il faut renforcer les capacités des ONG sur les instruments internationaux de Genève (IDH) en vue de faire des plaidoyers sur les sujets comme les réfugiés, les migrants,…..

Il faut également ouvrir des espaces de réflexion sur certains disfonctionnements de l’action l’humanitaire ; inclure la dimension culturelle dans la vision globale du droit international humanitaire. Il
La mobilisation citoyenne se met déjà en place avec pour but de mettre en place un Observatoire Indépendant des Droits Humains. Ce qui pourrait apporter une réponse à certaines faiblesses dénoncées par les acteurs de l’humanitaire. Pour ces derniers, le DIH n’a pas d’instruments de contrôle malgré tout ce que le CICR a pu mettre en place.

Les deux groupes de réflexion ont ainsi tenté de répondre à la question posée : Où doit commencer et s’arrêter « l’Humanitaire ». Les différences et les ambiguïtés des conceptions humanitaires dans les pays du Nord et du Sud. Les enjeux pédagogiques et citoyens de compréhension de la raison d’être de l’action humanitaire et du rôle des acteurs humanitaires nationaux et internationaux.
Tout devient humanitaire y compris les projets de développement et l’accueil des migrants. Cependant, l’humanitaire n’est pas une substitution à la politique. Elle n’est pas non plus une réponse à toutes les questions. C’est pourquoi, il faut voir comment travailler avec les ONG de développement et les rendre aptes à gérer l’humanitaire en cas de besoin et comment gérer les marges ? Autant de questions qui ont alimenté les débats.

Troisième jour : Séquences Convictions.
Un moment de convictions partagées entre dirigeants d’organisations autour des enjeux humanitaires et développement aujourd’hui.

Au cours de cette session, des représentants de grandes coordinations humanitaires et de développement ont pu s’exprimer sur leurs diversités, sur leurs convictions et leur engagement personnels dans le cadre des responsabilités qu’ils assument, mais aussi les doutes et les craintes face aux défis que doivent affronter leurs organisations membres.
Au nombre de ces organisations invitées, le REPAOC, Coordination Sud, VOICE, Coordination Humanitaire et Développement, ICVA, CONCORD EUROP, VENRO, Inter Action

A la synthèse des idées, les collectifs présents ont partagé leurs constats, perceptions et convictions autour de l’humanitaire et apporté quelques éléments de réponse.
Le collectif est essentiel dans une société de concurrence avec des enjeux de croissance. Confrontée à une concurrence face à des valeurs reprises par le secteur marchand, il y lieu de regarder qui nous sommes et où es ce qu’on veut aller ? Quelle est la place des collectifs, coordinations dans l’humanitaire ? Comment travailler ensemble en gardant son identité ?
Les représentants des coordinations ont également fait des constats qui se résument comme suit :
• Les organisations internationales tournent autour d’eux-mêmes parce que bloquées par les intérêts institutionnels ;
• Il n y a pas assez de solidarité entre organisations internationales et locales ;
• Il n y a pas assez de coordination entre réseaux, ce qui renvoie au problème de vivre ensemble des collectifs.

De ces constats et des questions soulevées, quelques réponses ont été données pour favoriser le travail ensemble des organisations humanitaires et de développement:
• Aller au-delà de son secteur et s’ouvrir aux autres ;
• Incarner l’enjeu de chacun pour faire place à un enjeu collectif ;
• Faire acte de confiance et de lucidité quel que soit les divergences et valoriser le meilleur de chacun ;
• Mutualisation des forces pour l’intérêt général et dans la diversité ;
• Investir dans les ONG locales pour renforcer leurs capacités et leur accès direct au financement, développer les compétences stratégiques ;
• Prospecter le partenariat avec les entreprises/multinationales ;
• Savoir jusqu’où aller dans le compromis ;
• Bâtir plus de solidarité entre nous ;
• Créer un espace ou il y a le respect et la reconnaissance.

CONCLUSION

A l’issue de ce forum, on retiendra que la question de l’humanitaire est aujourd’hui controversée et que les acteurs du secteur en ont conscience.

Cette7ème édition élargie à d’autres organisations et entreprises privées, a permis d’engager des discussions sur les relations de partenariat entre organisations de développement et humanitaire d’une part et d’autre part les entreprises et autres multinationales qui de plus en plus s’intéressent aux ONG et aux questions de développement. La rencontre a démontré qu’il y a une Co responsabilité à bâtir pour construire une coordination humanitaire efficace.